Ceci n’est pas une fiction.

Nous sommes début juillet.
Depuis des semaines un soleil persistant ne nous quitte plus et si on se réjouit de ce climat tout en lumière, la nature, elle, montre déjà des signes de détresse.
C’est le temps des vacances, du repos bien mérité, de la transhumance de millions de touristes, d’une folle insouciance que l’on voudrait éternelle, de la crème glacée et de la crème solaire.
C’est l’envie de mer, de plage, de randonnées, de nature et de tous ses trésors qu’elle nous offre gratuitement, comme une promesse de paradis.

Ce mois de juillet c’est aussi le foot et sa récurrente coupe du monde où pendant quelques semaines des peuples se rassemblent, se retrouvent et vibrent dans une folle alchimie où même celles et ceux qui d’habitude ont plutôt tendance à snober ces manifestations de masse se laissent emporter bien malgré eux par cette folie populaire, comme une immense contagion.

Et dans cette chaude nuit d’été, ce sont des dizaines de voitures qui défilent dans les rues de la ville, fenêtres ouvertes, toits décapotés, drapeaux tricolores au vent, tous les klaxons en action.

De ces joyeux cortèges, par les fenêtres grandes ouvertes, les occupants fous de joie répondent aux cris et applaudissements d’allégresse que leur lancent dans une sorte de haie d’honneur des badauds agglutinés en petites grappes sur les trottoirs : nous avons gagné !

Ces scènes spontanées bon enfant éclosent un peu partout dans la cité et c’est la même folie collective qui se répand aussi sur ce long boulevard urbain où les cris de joie, coups de klaxons et autres bruits de trompettes tonitruantes viennent s’écraser sur l’épaisse porte vitrée opaque du funérarium où repose la jeune adolescente qu’une sinistre maladie vient d’emporter après un très long et vain combat.

Et dans ce cruel télescopage où se côtoient la vie et la mort, les larmes de l’immense bonheur des uns et les larmes de l’immense tristesse des autres, la chaleur de l’été et le froid de l’absence, la fête étourdissante et le chagrin sans fin, toutes nos pensées émues s’envolent vers les parents de cette gamine et plus particulièrement vers sa maman.

Il y a près de quarante ans, les très jeunes adolescents que nous étions alors ne pouvaient pas s’imaginer un seul instant les terribles épreuves que la vie, dans sa brutale absurdité, peut parfois placer sur nos routes.

Maintenant il fait nuit noire.
Les klaxons et les trompettes sont rangés.
La joie est fugace, l’exaltation de courte durée, comme un bref feu d’artifice, une ébriété passagère.
Les petits groupes se sont disloqués, les gens ont regagné leur foyer, pour eux la vie a déjà repris son cours normal tandis que pour vous, pauvres parents brisés, commence une très longue nuit dont on ne peut mesurer la fin.

Perdre un enfant est l’épreuve suprême et face à cela, nous, spectateurs de votre grand malheur, nous sommes démunis, impuissants, presque gênés d’exister, d’être là, avec nos petits problèmes, nos petites névroses, nos petites vies.
C’est bien peu de chose à offrir mais au milieu de votre désert, comme une goutte d’eau, sachez que nous pensons beaucoup à vous.

Courage, courage, courage,…
Yves Alié 07.07.2018