Peut-on être écologiste et se poser cette question :
sommes-nous en mesure de nous passer du nucléaire ?

Connaissez-vous le site « Forum nucléaire » ?
Dans la rubrique « Qui sommes-nous ? » nous pouvons lire ceci : « Le Forum Nucléaire belge regroupe la plupart des sociétés et organismes actifs dans le domaine des applications du nucléaire. Association professionnelle à l’origine, le Forum Nucléaire belge est progressivement devenu un portail d’information de référence sur la technologie nucléaire, tant à l’égard de la presse et du monde politique qu’à l’égard du grand public.
Informer le public sur la technologie nucléaire.
Le Forum Nucléaire belge remplit sa mission d’information au travers d’actions multiples qui vont de l’organisation de conférences et de visites techniques à la publication de brochures et documents d’information générale sur le nucléaire, en passant par l’actualisation permanente du site internet que vous visitez maintenant.
Les actions d’information du Forum Nucléaire belge s’adressent à des publics très diversifiés. Elles s’inscrivent dans une volonté d’échange d’informations et de connaissances fondées sur les faits scientifiques, dans un esprit d’objectivité et d’ouverture favorisant l’expression de différents points de vue. »

Sans aucun doute, ce site a pour vocation de défendre et promouvoir les intérêts de l’industrie nucléaire en Belgique en diffusant une série d’informations techniques ainsi qu’une série de chiffres et statistiques et c’est cela qui m’intéresse particulièrement et qui m’amène à écrire ce billet.

Je n’ai aucune formation scientifique et je dois reconnaître humblement que dans ce domaine je suis un parfait béotien.
Passé ce constat, cela ne doit pas m’empêcher de porter un regard sur notre monde, sur nos modes de fonctionnement et grâce à d’innombrables et incessantes lectures, tel Candide, de cultiver mon jardin.

Revenons aux chiffres et statistiques, l’objet de cette réflexion.
Chaque mois, ce site publie le « mix électrique » en Belgique, c’est-à-dire les sources d’énergies qui produisent l’électricité que nous consommons et dont nos besoins ne cessent de croître, ici et partout dans le monde.
Savez-vous que depuis 1973, pour la seule consommation d’électricité, c’est plus de 50 % d’augmentation ?

D’après le site forumnucélaire.be, on constate qu’en Belgique en 04.2018, la production de notre électricité est composée de :
• 66 % énergie nucléaire
– 28 % d’énergies fossiles & autres
– 4 % par l’éolien
– 2 % par le solaire

Les énergies renouvelables ne représentent que 6 %, voilà de quoi réfléchir…

D’où provient l’électricité ?
L’électricité n’existe pas dans la nature, elle ne jaillit pas d’une source, elle est toujours obtenue par la transformation d’énergies dites primaires : charbons, pétroles, gaz naturel, la biomasse, l’uranium 235 et 238, thorium 232, le deutérium et lithium, le vent, l’eau, le soleil,…

Nos modes de fonctionnement, nos outils de production, nos besoins en communication exigent toujours plus de production d’électricité et pour y satisfaire c’est encore et toujours, à travers le monde, l’utilisation des ressources présentes dans la nature qui prévaut avec majoritairement la consommation d’énergies fossiles.

Ces énergies qui sont à l’origine du réchauffement climatique et de la pollution de l’air, deux conséquences qui à elles seules forment un cocktail hautement destructeur, comptant parmi les enjeux majeurs pour la survie de l’humanité.

Sur le très instructif site Connaissances des Energies nous pouvons lire ceci :

« La consommation mondiale d’énergie primaire a encore reposé à 81,4% sur les énergies fossiles en 2015 selon les dernières données de l’AIE. En 1973, cette part atteignait 86,7% (dont 46,2% pour le seul pétrole) et les énergies décarbonées ont ainsi légèrement progressé dans le mix énergétique mondial.
Notons que les productions mondiales de gaz naturel et de charbon ont respectivement triplé et plus que doublé depuis 1973. Les émissions mondiales de CO2 relatives à la combustion d’énergie ont pour leur part doublé durant cette période.
Pour rappel, les travaux du GIEC indiquent qu’il faudrait réduire les émissions mondiales de l’ensemble des gaz à effet de serre de 40% à 70% d’ici à 2050 (par rapport au niveau de 2010) pour espérer atteindre l’objectif de l’Accord de Paris, à savoir limiter le réchauffement climatique « nettement en dessous » de 2°C d’ici à 2100. »

Je vous renvoie au site pour lire toute l’étude à ce sujet.

De ce texte nous pouvons mettre ces éléments en exergue :
La consommation mondiale d’énergie primaire a encore reposé à 81,4% sur les énergies fossiles en 2015 ;
Les productions mondiales de gaz naturel et de charbon ont respectivement triplé et plus que doublé depuis 1973.
Les émissions mondiales de CO2 relatives à la combustion d’énergie ont pour leur part doublé durant cette période.
Une note positive, les énergies dites décarbonées progressent mais leurs proportions restent encore très faibles, notamment les énergies renouvelables.

Il faut se rappeler, et peut être enfin se rendre à l’évidence pour certains, que les énergies fossiles ne sont pas éternelles.
Les stocks dans un principe physique très facile à comprendre sont pas illimités et dans de nombreux pays producteurs nous avons déjà atteint le pic de production qui nous engage dans un inexorable déclin et quand on sait par exemple que l’Arabie saoudite, le plus gros producteur de pétrole mondial, prépare activement l’après pétrole on ne peut que se rendre à l’évidence.

Or, comme tous nos modes de fonctionnement reposent majoritairement sur ces mêmes énergies, comment allons-nous faire pour poursuivre dans cette voie si nous ne changeons pas de cap ?
Et voici la terrible équation, ce constat évident qui devrait toutes et tous nous interpeller, qui devrait nous arrêter au moins quelques secondes, nous mettre en arrêt dans un moment de silence, face à nous-même, à nos vies, notre destin, nos destins.

« On se balade dans l’atmosphère sur une sphère / Une bille une boule un ballon qui tourne en rond… » chantait Jonasz et pendant que nous tournons dans ce vide, nous sommes confrontés à ce choix : comment poursuivre cette folle consommation d’énergie électrique, pour ne citer que celle-là, et maintenir notre niveau de vie et de confort actuel, en ne faisant plus appel aux énergies fossiles ?

Au travers des chiffres publiés par mon exemple du « forum nucléaire » – et je lis cela dans bien d’autres sources – les énergies renouvelables ne sont pas en mesure aujourd’hui d’assumer la totalité de nos besoins électriques.

Sans oublier que pour mettre en place la production de ces techniques, rien n’est possible sans… le fuel (production du métal, logistique, fabrication, …).
Sans oublier les gigantesques coûts de production.

Sans oublier, par exemple, les composants présents dans les panneaux solaires qui nécessitent de faire appel aux techniques d’extraction avec tous les impacts négatifs que cela produit sur l’environnement.

Sans oublier les lobbys, les groupes financiers et les entreprises qui voient dans ces énergies renouvelables d’abord un fantastique business et dont la protection de l’environnement et la sauvegarde de l’humanité ne sont pas leurs premières préoccupations.

Enfin, sans oublier le basculement irréversible de l’industrie automobile avec de plus en plus de véhicules électriques où certaines sources prédisent entre 125 millions et 220 millions de voitures électriques en 2030 et 400 modèles de voitures électriques disponibles d’ici 2025.
Comment allons-nous faire face à cette nouvelle demande d’électricité ?

« Nucléaire : non merci ? »

Productrice de déchets au potentiel hautement dangereux dont on ne sait toujours pas aujourd’hui comment les gérer et dont la durée de vie pourrait atteindre 100 000 ans pour certains, source potentielle de catastrophe majeure en cas d’incident technique ou de caprices de la nature, vétusté de nombreuses centrales ou encore pour les plus paranos, tentation destructrice pour des terroristes décérébrés.

Pour tous ces aspects je n’aime pas cette industrie et en tant qu’écologiste je devrais la proscrire

Oui mais voilà… d’un point de vue strictement pragmatique où faut-il placer l’urgence ?
La lutte contre le réchauffement climatique en supprimant (pas en réduisant, en supprimant) l’utilisation des énergies fossiles, de suite, maintenant ?
Organiser et prévoir la fin des énergies fossiles disponibles et repenser nos modes de fonctionnement ?
Supprimer le nucléaire ?
Tout miser sur les énergies renouvelables ?
Et tout cela très rapidement, nous n’avons plus le temps.

Une autre voie ne doit-elle pas être envisagée, parce que nous n’aurons pas d’autres choix, parce que nous n’avons déjà plus d’autres choix : la décroissance.

Le temps est venu de comprendre, d’accepter et d’intégrer que nous vivons dans un monde fini et dans cette finitude, si nous voulons tout simplement survivre, la décroissance ou exprimé plus positivement la sobriété doit s’imposer et s’imposera, qu’on le veuille ou non.

Et si nous ne voulons pas de cette sobriété, s’il nous est impossible de changer de cap, si le système dans lequel nous évoluons est cadenassé au point de rendre impossible une réduction drastique de notre consommation électrique, alors, que nous soyons écologistes, bobos ou autres chantres d’un nouveau monde, je crains que nous ne pourrons pas nous passer du nucléaire.

Il ne s’agit pas de vouloir sauver la Terre, la planète n’a pas besoin de nous pour exister.
Il s’agit de décider si nous voulons sauver l’humanité et sa fantastique odyssée ou si nous choisissons de continuer droit devant, comme le Titanic sur l’iceberg fatidique, dans quelques derniers instants de jouissance.

Yves Alié – 06.06.18

Encore quelques sources d’informations pour nourrir nos réflexions :

Sur l’après pétrole en Arabie Saoudite :
Connaissance des Energies
Le Nouvel Economiste

Je vous invite à découvrir également les publications de Jean-Marc JANCOVICI, que l’on qualifie souvent de pro nucléaire.
Pour le suivre régulièrement sur les réseaux sociaux, je constate qu’il partage souvent des contenus divers et variés sur l’effondrement de nos systèmes de manière globale.
Son site : https://jancovici.com/
Un livre : « Dormez tranquille jusqu’en 2100 et autres malentendus sur le climat et l’énergie »
Si vous préférez la vidéo vous pourrez découvrir de nombreuses conférences disponibles sur YouTube.

A vous de vous faire votre propre opinion…